Initiative Un jeune handicapé crée sa marque de sportswear

Tristan voit l’avenir à la Puissance 76

Lors des 80 ans de l’Adapt, au printemps 2009, le Journal avait rencontré Tristan, un ado exceptionnel de dynamisme malgré un lourd handicap. Après avoir réalisé un CD de ses textes mis en musique par des copains, créé une junior association baptisée Tout sur le handicap, le jeune homme, tout juste majeur, se lance un nouveau challenge, celui de commercialiser des vêtements portant sa marque Puissance 76.

« Tristan Béard est comme ça depuis toujours. Très actif, il fourmille d’idées et part vite en besogne. Souvent ce sont de bons projets mais pas forcément simples à mettre sur pied. Mais pas question de le décourager mais on le freine parfois un peu pour l’inciter à faire une pause, à bien réfléchir pour éviter la déception », confie Alexandre, son beau-père.

Tristan, un jeune Stéphanais cloué dans son fauteuil roulant, confirme volontiers ces propos. « Mon entourage me laisse faire en veillant à ce que je ne dépasse pas la limite. Je préfère qu’on me dise si je mets la charrue avant les boeufs. Car, comme on dit, qui va trop vite, se casse la gueule. »

Deux ans de soins à l’ADAPT

C’est donc en pesant le pour et le contre et surtout après s’être bien renseigné, notamment auprès du centre des formalités des entreprises de la chambre de commerce, que Tristan vient de prendre, à tout juste 18 ans, le statut d’auto-entrepreneur.

Cela ne surprendra pas l’équipe de l’ADAPT qui n’a pas pu oublier ce jeune patient qui a passé deux années au Centre de Soins de Suite, de Réadaptation et de Rééducation Fonctionnelle Pédiatrique de Caudebec après une opération du dos. Un bon souvenir aussi pour Tristan. « La structure est bien adaptée aux jeunes.

Par rapport à un hôpital, c’est plus facile à vivre tant pour l’ambiance que pour l’environnement. L’équipe pluridisciplinaire a été au petit soin pour moi. Je me suis senti à mon aise même dans les moments difficiles. J’ai pu poursuivre un parcours scolaire et surtout trouver une écoute pour mes projets en m’aidant dans mes démarches », souligne Tristan qui n’est pas du genre à se plaindre, malgré une infirmité moteur, liée à sa naissance prématurée à cinq mois et demi, et d’une cécité à 80 %.

« Ces problèmes physiques, au lieu de m’abattre, décuplent mon envie de me battre, d’aller de l’avant, d’agir pour changer le regard des valides, pour que les non valides soient considérés comme des personnes à part entière », avait expliqué le jeune homme dans nos colonnes, il y a un an et demi, lors des 80 ans de l’ADAPT, en détaillant ses projets d’alors, celui de réaliser un CD, ce qui a été fait depuis, celui de créer l’association TSH – Tout sur le handicap – ce qu’il a aussi mené à bien depuis.

« Mais faute de trouver des bénévoles pour le bureau, j’ai été contraint de dissoudre l’association que je présidais. Cette expérience a néanmoins été positive pour moi. J’ai découvert que diriger une structure, cela me plaisait. D’où l’idée de poursuivre en créant une entreprise. Je me suis débrouillé tout seul pour connaître les différents statuts et pour les formalités. J’ai opté pour l’auto-entreprise, une formule très intéressante, les trois premières années, ce qui permet de voir venir. »

Vente à la commande de sportswear

Tristan a choisi comme activité la vente de produits sportswear. Une suite logique de son engagement bénévole lors des Téléthons. « On avait réalisé des tee-shirts avec des slogans chocs écrits à la main. Cela avait bien plu. »

Le jeune homme attend confirmation que la marque qu’il a choisie n’est pas déjà déposée. A priori, les sweats, tee-shirts et autre pantalon seront tous marqués « Puissance 76 » – un nom déclinable pour les autres départements. Il y a aussi un logo qui lui pourra évoluer. « C’est une jeune styliste qui a dessiné le premier. Il s’agit de trois personnes debout et d’une quatrième en fauteuil roulant, parce que c’est représentatif de notre société. Et je tiens beaucoup au mot Puissance, parce que la vie de tous les jours, c’est un combat. »

Tristan a passé un contrat avec une entreprise locale qui lui fournit les vêtements floqués ou sérigraphiés, au même prix, que la commande soit à l’unité comme pour une centaine de pièces. Le jeune entrepreneur a choisi pour commencer un modèle de sweat à capuche, avec un zip pour l’enfiler facilement. Prix de vente 30 euros.

Les catalogues sont en cours d’impression, le site Internet en préparation mais l’entreprise enregistre déjà ses premières commandes. Tristan a déjà dans l’idée d’ouvrir un jour une boutique. En attendant, il reçoit chez lui ses premiers clients qui ne peuvent pas être déçus. Ils repartiront bien habillés et forcément avec une bonne dose d’énergie et d’optimiste oubliant pour un temps leurs petits maux. Rencontrer Tristan, c’est prendre une belle leçon de courage.

Philippe SAUVAGE